4 – Luttes

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LUTTES

SYNDICATS ET GRÈVES GÉNÉRALISÉES

DE LA DIVISION À L’UNIFICATION

Au début des années 1930, le syndicalisme français, fragilisé par la crise économique, est divisé. La CGT, dirigée par Léon Jouhaux et bien implantée dans la fonction publique, défend une ligne réformiste fondée sur la négociation avec l’État. La CGTU, conduite par Benoît Frachon et solidement implantée dans l’industrie, privilégie l’affrontement revendicatif et les luttes en entreprise.

Le contexte favorise un rapprochement impulsé par la base militante, officialisé
par l’unification des deux confédérations au congrès de Toulouse en mars 1936.
Les grèves, parfois déclenchées par des non syndiqués, placent rapidement les syndicats au coeur du mouvement.

Louis Saillant, Benoît Frachon, Léon Jouhaux, Pierre Le Brun, Ambroise Croizat lors d’un meeting, s.d. Mémoires d’Humanité – AD93 [83FI-5 7].

UN MOUVEMENT GRÉVISTE INÉDIT

Sans origine clairement identifiée, la vague de grèves se distingue par son ampleur et son caractère diffus. Le 1er mai, la mobilisation est exceptionnelle : plus de 200 000 grévistes à Paris. Le gouvernement n’étant pas encore formé, l’attente sociale s’intensifie. Les 11 et 13 mai, des grèves éclatent dans l’aéronautique (Le Havre et Toulouse), puis gagnent la région parisienne (métallurgie) et tout le pays, touchant l’industrie et le commerce. Pour empêcher les fermetures, les salariés occupent les usines, inquiétant le patronat qui réclame l’intervention de l’État.

Les accords de Matignon, signés les 7 et 8 juin, marquent un tournant sans mettre fin aux grèves. Largement autonome des partis, sans mot d’ordre national et soutenu par la population, le mouvement se caractérise par des occupations d’usine qui, inédites par leur ampleur, deviennent le symbole d’une dignité ouvrière conquise.

Négociations entre patronat et syndicats 7-8 juin 1936. Au premier plan : Léon Jouhaux, Benoît Frachon (3e). Au fond : Léon Blum. Absente sur le dessin : Martha Desrumeaux. Musée de l’Histoire vivante de Montreuil.

DES CONQUÊTES SOCIALES ISSUES DE LA LUTTE

Tableau sur lequel on relève l’extension des grèves, Saint-Ouen, 21 juin 1936 – Mémoires d’Humanité – AD93 [83FI-5 37].

Au début de l’été, une nouvelle phase vise la concrétisation des acquis : hausse des salaires, réduction du temps de travail, délégués ouvriers. Renforcée par les luttes, la CGT réunifiée atteint près de 4 millions d’adhérents fin 1936, le PCF 280 000. Les négociations de Matignon nationalisent des revendications jusque-là locales. Le patronat accepte un accord en sept points incluant augmentations salariales, généralisation des conventions collectives, élection de délégués ouvriers et reconnaissance du droit syndical, mais sa revanche se prépare déjà.

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