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EMPIRE

LA QUESTION COLONIALE

DE FORTES ATTENTES À L’ÉGARD DU FRONT POPULAIRE

L’expérience du Front populaire intervient dans un pays à la tête du second empire colonial mondial, où le sort des colonisés demeure largement ignoré.

14 juillet 1936 à Alger, cortège célébrant la victoire du Front populaire. RaDAR – Musée de l’Histoire vivante.

Pourtant, en 1936, l’enthousiasme des « indigènes » est réel : beaucoup participent pour la première fois à des rassemblements de masse, et l’administration coloniale a parfois fermé les yeux sur ces expressions publiques inédites au Maghreb ou en Indochine.

Défilé 1er mai 1937. Sur une banderole « Pour être socialiste, brochure de Léon Blum, vaut trois ans de prison à l’Indochinois Nguyen Phu. Amnistie aux colonies ». Mémoires d’Humanité – AD93 [83FI/28 1].
La Lutte sociale du 3 avril 1937. Source inconnue, thèse Eloïse Dreure.

DE TIMIDES AVANCÉES

Une volonté réformatrice existe du côté gouvernemental, bien que le programme initial se limite surtout à une vague commission d’enquête et, pour l’Algérie, au projet « Blum-Viollette » visant à accorder des droits politiques à une minorité de musulmans « évolués ».

Des signes d’ouverture apparaissent : nationalistes et communistes peuvent s’exprimer, et des activités syndicales émergent timidement. Le Parti communiste algérien, jusqu’alors branche du PC-SFIC, s’autonomise en 1936 sans rompre avec la métropole.

Enfin, les décrets du 14 décembre 1936 étendent, à la Martinique, la Guadeloupe, la Réunion, la Guyane et la Nouvelle-Calédonie, les dispositions des lois des 20, 21 et 24 juin 1936 relatives au congé annuel payé, à la semaine de quarante heures et à la convention collective du travail.

LES DÉSILLUSIONS

Mais cet élan s’essouffle vite. Le socialiste Marius Moutet, naguère avocat des « indigènes » persécutés, devient ministre des Colonies. Il déçoit en limitant l’expression politique des colonisés dès que les revendications dépassent le cadre social. La pression des milieux coloniaux entraîne un raidissement.

L’Humanité  du 28 mai 1937. Gallica – BNF.

L’Algérien Messali Hadj ou le Tunisien Habib Bourguiba sont emprisonnés ou exilés, des organisations dissoutes et les espaces d’expression légale restreints. La presse de gauche est silencieuse : l’interdiction de l’Étoile nord-africaine en 1937 n’est condamnée ni par Le Populaire  ni par L’Humanité  qui souhaite préserver l’unité du Front populaire.

Assez vite le réformisme lui-même est abandonné : la commission d’enquête ne se rend pas outre-mer et le projet « Blum-Viollette » n’est pas présenté au Parlement. Sans majorité populaire mobilisée sur ce sujet – les communistes furent bien seuls en 1931 à porter la Contre-Exposition coloniale –, la question coloniale n’est jamais devenue une priorité du Front populaire.

Marché, Algérie, s.d. Mémoires d’Humanité – AD93 [83FI-798 97].

FOCUS

Le rôle du Parti communiste algérien dans le Front populaire

Le rôle du Parti communiste algérien dans le Front populaire

Par Eloïse Dreure. Au moment du Front populaire, le Parti communiste en Algérie occupe une position à la fois marginale et stratégique dans le champ politique colonial. Faiblement implanté au début des années 1930, affaibli par la répression et par les effets de la radicalisation anticolonialiste impulsée par l’Internationale communiste, il connaît, à partir de 1934, un regain d’activité lié à la dynamique antifasciste. Ce renouveau s’inscrit toutefois dans un…

LA VIE EST À NOUS ! UNE HISTOIRE DU FRONT POPULAIRE (1934-1938)