2 – Unité

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UNITÉ

LA CONSTRUCTION DU RASSEMBLEMENT (1934-1935)

Une barricade le lendemain des émeutes du 6 février 1934 – Mémoires d’Humanité – AD93 [83 FI 754 20].

Le 6 février 1934, les ligues d’extrême droite tentent de renverser le gouvernement par une manifestation violente qui dégénère en émeute. Quinze morts et des centaines de blessés : c’est un choc national. Sous la pression, Édouard Daladier démissionne. Le 8 février, un gouvernement associant radicaux et conservateurs est formé.

Une de l’Humanité, 9 février 1934. Gallica – BNF.

UN MILLION DE GRÉVISTES CONTRE LE FASCISME

Face à la menace fasciste, les forces de gauche se mobilisent malgré leurs divisions. Le mouvement syndical, partagé entre CGT et CGTU, agit d’abord séparément, notamment lors de la manifestation communiste du 9 février, violemment réprimée (quatre morts).

Puis, le 12 février, la CGT appelle à une grève générale de vingt-quatre heures, rejointe par la CGTU. Près d’un million de grévistes, et une manifestation parisienne qui frappe les esprits par la convergence des deux cortèges.

Manifestation anti-fasciste du 12 fevrier 1934 à Paris. IHS-CGT.

Les manifestations de 12 février 1934 en France.

Sources : Commission d’enquête parlementaire, 1934. Réalisation : Julie Bourgeois, 2026
Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Domaine public (Wikimedia Commons).

Cette dynamique conduit à la création du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes, animé notamment par Alain (proche des radicaux), Paul Rivet (du côté socialiste) et Paul Langevin (pour la famille communiste).

UNE DYNAMIQUE D’UNION PORTÉE PAR LES COMMUNISTES

À partir de mai 1934, les débats au sein de l’Internationale communiste (IC) ouvrent la voie à un rapprochement entre communistes et socialistes concrétisé en France par le pacte d’unité d’action signé le 27 juillet, une première en Europe. Maurice Thorez, secrétaire général du parti communiste, joue un rôle central dans ce processus, favorisé par l’essor d’un mouvement de masse pour l’unité d’action et des courants unitaires dans la SFIO et le PCF.

Une du Populaire, 16 juillet 1934. Gallica – BNF.

Multipliant les initiatives et malgré les réserves de l’IC, il propose, le 9 octobre, d’élargir l’alliance au parti radical afin d’éviter le basculement des couches moyennes vers le fascisme. Le lendemain, il prononce un discours dont L’Humanité rend compte : « Pour un large front populaire antifasciste ».

L’INVENTION D’UN MOT D’ORDRE

Serment d’unité lors de la manifestation du 14 juillet 1935, place de la Bastille. Agence de presse Meurisse, Gallica – BNF.

Si ce mot d’ordre ne s’impose pas immédiatement, il transforme les pratiques militantes et électorales à gauche. Les municipales de 1935 confirment le succès de l’alliance élargie dans un contexte de polarisation gauche/droite accrue. Le 14 juillet, une grande mobilisation populaire consacre cette dynamique avec le serment du Front populaire. L’invasion de l’Éthiopie par l’Italie en octobre 1935 la renforce encore tant l’équilibre mondial est menacé.

FOCUS

6 février 1934 : de l’émeute à la tentative de coup d’État

6 février 1934 : de l’émeute à la tentative de coup d’État

Par Danielle Tartakowsky. La bataille du Front populaire, série en partenariat avec L'Humanité (2024). S’employant à capter la crise politique et le désarroi de la population, durement frappée par la crise économique, les ligues et mouvements d’extrême droite appellent à manifester et convergent vers l’Assemblée nationale. Faute de soutiens, Daladier démissionne et la droite reprend le pouvoir.
Comment le 6 févier 1934 a précipité la création du Front populaire?

Comment le 6 févier 1934 a précipité la création du Front populaire?

Par Jean Vigreux. La bataille du Front populaire, série en partenariat avec L'Humanité (2024). Au lendemain des émeutes fascistes du 6 février 1934, PCF et SFIO réagissent séparément avant de s’unir pour contenir la montée du fascisme et les menaces que celle-ci fait peser sur la République.
Les manifestations du 12 février 1934

Les manifestations du 12 février 1934

Par Danielle Tartakowsky. Face au 6 février 1934, les organisations ouvrières répondent en ordre dispersé, avant que la grève générale du 12 février ne réunisse pour la première fois la France entière dans une défense commune de la République contre la menace fasciste.
27 juillet 1934: du front unique au Front populaire, un long processus

27 juillet 1934: du front unique au Front populaire, un long processus

Par Serge Wolikow. La bataille du Front populaire, série en partenariat avec L'Humanité (2024) . Ce n’est pas Léon Blum qui, en 1934, avança ce mot d’ordre de front populaire, mais Maurice Thorez. D’abord un mot d’ordre, le Front populaire est également un mouvement social et une expérience gouvernementale.
Maurice Thorez, « L’organisation du front populaire du travail, de la paix et de la liberté »

Maurice Thorez, « L’organisation du front populaire du travail, de la paix et de la liberté »

Par Maurice Thorez. Article publié dans les Cahiers du Bolchévisme en 1935 dans lequel il appelle à dépasser l'unité antifasciste pour engager une lutte contre le capital, en développant comités populaires, groupes d'autodéfense et campagnes de masse sous la direction du Parti communiste
L’implantation municipale communiste

L’implantation municipale communiste

Par Julie Bourgeois. Les élections municipales de 1935 marquent un tournant dans l'implantation du PCF, qui double le nombre de communes qu'il administre et consolide la « banlieue rouge » parisienne, révélant une géographie du communisme municipal fortement ancrée dans les espaces industriels et ouvriers.
1936, la réunification syndicale

1936, la réunification syndicale

Par David Chaurand. Malgré le succès du 12 février 1934, l'unité syndicale se réalise lentement : il faut attendre la manifestation du 14 juillet 1935 pour que CGT et CGTU surmontent leurs divisions et fusionnent en mars 1936 au Congrès de Toulouse en une confédération réunifiée de 785 000 adhérents.
De la riposte à l’extrême droite à la réunification de la CGT et de la CGT-U

De la riposte à l’extrême droite à la réunification de la CGT et de la CGT-U

Par Michel Pigenet. La bataille du Front populaire, série en partenariat avec L'Humanité (2024). Dès le lendemain des émeutes du 6 février 1934, les syndicats font front contre l’extrême droite. D’abord séparément, ils vont sous la pression de la base et la constitution du Front populaire cheminer vers l’unité qui conduira à la réunification de la CGT et de la CGTU.
Quand l’unité de la gauche défait l’extrême droite. L’expérience du «premier» Front populaire (1936).

Quand l’unité de la gauche défait l’extrême droite. L’expérience du «premier» Front populaire (1936).

Vidéo de la rencontre du 18 juin 2024 avec Alain Ruscio et Serge Wolikow. Retour sur l'histoire du Front populaire qui a conduit à la victoire de la gauche aux élections législatives de 1936 générant au sein des classes populaires un véritable espoir de changement.

LA VIE EST À NOUS ! UNE HISTOIRE DU FRONT POPULAIRE (1934-1938)