Par Julie Bourgeois, étudiant en master 2 de géographie politique à l’ENS (ULM / PSL).
Les élections municipales de 1935 marquent un tournant dans l’implantation du PCF, qui double le nombre de communes qu’il administre et consolide la « banlieue rouge » parisienne, révélant une géographie du communisme municipal fortement ancrée dans les espaces industriels et ouvriers.

Cette carte représente le nombre de communes dirigées par un maire communiste ou apparenté à l’issue des élections municipales de 1935, agrégé à l’échelle départementale. Elle correspond à un moment décisif dans l’histoire du Parti communiste français, qui franchit alors un seuil majeur dans son implantation locale. Dans le contexte du tournant du Front populaire, le PCF double en effet le nombre de municipalités qu’il administre, passant de 164 à 324. La carte met en évidence une géographie très structurée du communisme municipal, marquée par une forte concentration dans les espaces industriels et urbains. Le Nord constitue un bastion majeur, tout comme le Gard, tandis que la région parisienne apparaît comme un foyer central : 27 communes de la Seine et 28 de la Seine-et-Oise sont alors administrées par des majorités communistes, formant la « banlieue rouge ». Cette implantation s’étend également à certains territoires du Centre et du Sud, comme la Corrèze ou l’Allier, où le PCF consolide ses positions. À l’inverse, de nombreux départements restent faiblement ou non concernés. Toutefois, cette représentation départementale agrège des réalités communales et tend à lisser les contrastes à l’intérieur des territoires.

Cette carte donne à voir l’implantation municipale du Parti communiste dans le département de la Seine en 1935, en distinguant les communes nouvellement conquises de celles déjà administrées par le PCF. Elle saisit un moment de bascule : celui où l’ancrage local du parti se renforce nettement, dans le sillage du Front populaire. Ce qui frappe d’abord, c’est la cohérence spatiale de cette implantation. Les communes communistes dessinent des ensembles continus dans la petite couronne. Ces espaces correspondent aux zones les plus industrialisées et ouvrières du département de la Seine, où le PCF trouve ses principaux appuis sociaux. La carte montre aussi une dynamique d’extension. Les conquêtes de 1935 viennent s’ajouter à des positions déjà établies, contribuant à densifier un tissu municipal communiste. Progressivement, ces communes forment ce que l’on appellera la « banlieue rouge ».



