Par David Chaurand, Directeur de l’Institut CGT d’histoire sociale.
Après le succès de la manifestation unitaire du 12 février 1934, on aurait pu croire à une réalisation rapide de l’unité politique et syndicale, il n’en fut rien, du moins côté syndical. Le 30 mai 1934, le Parti communiste s’adresse à la SFIO en vue de la ratification d’un pacte d’unité d’action, proposition que la SFIO accepte et qui débouche en juillet 1934 sur la signature d’un pacte d’unité d’action.


Au même moment, la CGTU propose à la CGT l’action commune mais essuie un refus. Elle réitère la proposition le 9 octobre 1934, sans davantage de succès. La CGT ne veut pas de l’unité d’action, ce qu’elle préconise c’est l’unité organique par retour pur et simple des unitaires dans la « vieille CGT ». Il faut attendre la manifestation du 14 juillet 1935 à laquelle les deux confédérations s’associent pour que l’accord se réalise enfin. Cette grande mobilisation permet au processus de réunification de sortir de l’impasse. CGT et CGTU ratifient un texte commun : « Le mouvement syndical à tous les échelons s’administre et décide de son action dans l’indépendance absolue à l’égard du patronat, des gouvernements, des partis politiques, des sectes philosophiques et autres groupements extérieurs […]. Sa neutralité à l’égard des partis politiques ne saurait impliquer son indifférence à l’égard des dangers qui menaceraient les libertés publiques comme des réformes en vigueur ou à conquérir. »

Cet énoncé permet aussi de ratifier le programme du Rassemblement populaire. Leur signature au bas d’un programme dont les finalités sont électorales, au côté de celles des partis radical, socialiste et communiste et de dizaines d’associations, constitue une première. Les rapprochements se concrétisent en mars 1936 au Congrès de Toulouse. À la veille de celui-ci, la CGT compte quelques 500 000 adhérents, pour la plupart fonctionnaires, travailleurs de l’État ou à statuts. Au contraire, les quelques 260 000 adhérents de la CGTU se recrutent majoritairement dans les secteurs privés, en particulier dans les secteurs industrialisés soumis à la rationalisation du travail. La CGT réunifiée contre désormais 785 000 adhérents. Dirigée par un bureau constitué de 2 ex-unitaires et de 6 ex-confédérés, avec à sa tête Benoît Frachon et Léon Jouhaux, elle ratifie son adhésion au programme du Rassemblement populaire, mais réaffirme sa volonté de « transformations profondes dans la structure économique, notamment la nationalisation du crédit et des industries clés ».



