Depuis sa naissance, le rapport du PCF à la paix et à la guerre n’a cessé d’être présent dans son activité, même s’il s’exprime dans des contextes successifs différents, pour lesquels il faut tenir compte aussi bien de la politique du parti que de la situation générale. La politique du PCF est en particulier guidée par la situation internationale et la politique étrangère de la Russie révolutionnaire puis de l’URSS à laquelle il apporte un soutien qui ne se dément pas avant 1968. Il inscrit également son action dans le cadre des mobilisations successives contre le fascisme à partir des années 1930, puis contre l’impérialisme américain à partir des années 1950.

1921, Archives du PCF – Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (AD 93).

De nombreux artistes sont attirés par le tout jeune Parti communiste et mettent leur créativité au service du combat prolétarien. C’est le cas de Jules Grandjouan, considéré comme l’inventeur de l’affiche politique. Les visuels produits par la SFIC dans ses premières années se situent au croisement d’influences multiples, de l’héritage du syndicalisme révolutionnaire d’avant 1914 à l’espoir suscité par la révolution bolchevique, du refus de la guerre et du capitalisme à la promotion d’un internationalisme résolument hostile à l’idée de patrie. C’est la «leçon de la guerre» ainsi résumée par Jules Grandjouan dans une de ses premières affiches pour le Parti communiste, qui se conclut par un appel solennel : «la paix sera communiste ou ne sera jamais».

1923, Archives du PCF – AD 93.

En 1923, le Parti communiste s’oppose à la décision du gouvernement de Raymond Poincaré d’occuper la Ruhr pour contraindre l’Allemagne à payer les indemnités de guerre imposées par le Traité de Versailles. Les 6 et 7 janvier, une conférence internationale est organisée par l’Internationale communiste à Essen, en Allemagne, pour coordonner l’action des partis communistes européens face à l’invasion. La SFIC appelle les soldats français à fraterniser avec la population ouvrière allemande, déclenchant une vague de répression qui conduit plusieurs dirigeants de la SFIC en prison. Il s’agit de la première campagne antimilitariste d’envergure .

1932, Archives nationales, programme Parprika2F.

La Jeunesse communiste, dès l’époque du cartel des gauches en 1924, puis encore en 1932, mène une lutte antimilitariste qui dénonce les projets gouvernementaux en appelant les soldats à défendre leurs droits. Cette action, même si elle est déléguée à la JC par le PCF, exprime une ligne politique constante qui s’affirme notamment contre les majorités parlementaires radical et socialiste. Pourtant, à la différence des pacifistes, c’est l’armée en régime capitaliste qui est dénoncée et non l’armée rouge de la Russie révolutionnaire.

1937, Gallica-BNF.

À l’occasion des élections cantonales de 1937, un an après la victoire du Front populaire, le PCF appelle à la défense de la sécurité collective qui bien qu’inscrite dans le programme commun de 1936, est battue en brèche par la politique dite de non-intervention en Espagne. La carte montre que la sécurité de la France est menacée en fait par l’encerclement des initiatives militaristes des puissances fascistes.

1943, Archives du PCF – AD 93.

L’appel à la lutte armée contre l’occupant allemand est un mot d’ordre du parti à destination de ses militants pour qu’ils s’engagent dans les Francs-tireurs et partisans français (FTPF) créés en 1942. Il s’agit d’une organisation militaire du Front national, lui-même impulsé par le Parti communiste depuis le mois de mai 1941 qui visait à rassembler largement dans une démarche patriotique. En 1943, lorsque la politique du Service du Travail obligatoire se généralise des milliers de jeunes cherchent à échapper au départ en Allemagne. C’est à ce moment qu’ils sont nombreux à rejoindre les maquis et la lutte armée. La Jeunesse communiste s’adresse à eux par cette affiche destinée à les y inciter en refusant la destination de Berlin et en tenant à la main une grenade. Le vocabulaire est uniquement patriotique.

1949, Archives du PCF – AD 93.

En 1955, au moment où Molotov est mis sur la touche, la diplomatie soviétique, avance un projet alternatif à l’OTAN en proposant d’en revenir à l’alliance des Nations unies. Cette proposition est soutenue par le PCF qui ensuite approuve la constitution du Pacte de Varsovie face au maintien de l’organisation militaire atlantique.

1954, Archives du PCF – AD 93.

La dénonciation du réarmement allemand est une constante de la lutte menée par le PCF dans le cadre de sa dénonciation de l’impérialisme américain. En 1954, il s’agit de dénoncer le projet de la Communauté européenne de Défense (CED) dans le cadre de laquelle, sous le patronage américain, l’Allemagne de l’Ouest, retrouverait une capacité militaire et réintégrerait des anciens généraux de la Wehrmacht. Finalement le 30 août 1954, le projet est repoussé par le parlement grâce à une majorité de circonstance composée de communistes, de gaullistes, mais aussi de quelques socialistes. Ces affiches cultivent le ressentiment conte l’Allemagne, celle de gauche évoquant notamment les trois guerres et en arrière-plan les ruines d’Oradour.

1961. Archives du PCF – AD 93.

En 1961, la crise de Berlin lancée par la construction du mur séparant l’est et l’ouest de l’ancienne capitale allemande a une dimension militaire et diplomatique qui se traduit par un rapprochement entre De Gaulle et Adenauer contre lequel le PCF s’élève de nouveau au nom de la lutte contre le militarisme allemand.

1969, Archives du PCF – AD 93.

La guerre au Vietnam débute en 1955 par le refus américain des accords de Genève qui avaient mis fin, quelques mois plus tôt, à la guerre d’Indochine en reconnaissant la République démocratique du Vietnam dirigée par Hô Chi Minh. L’intervention militaire des États-Unis provoque un vaste mouvement international de solidarité avec la résistance vietnamienne, qui monte en puissance à la fin des années 1960. En France, le PCF – concurrencé sur sa gauche par des organisations qui réclament la multiplication des foyers révolutionnaires – porte le mot d’ordre de « paix au Vietnam », selon lui plus propice au rassemblement. Le PCF et les Jeunesses communistes sont à l’initiative de plusieurs grandes manifestations contre la guerre comme le sera également le Comité national d’action spécialement créé par le parti.

1975, Archives du Pcf – AD 93.

À propos du camp militaire du cap de Canjuers, dans le Var. En construction dans les années 1970, il est prévu pour accueillir des unités françaises et étrangères et, parmi les premières invitées, des marines américains. En pleine affaire des comités de soldats, le PCF décide de lancer une campagne contre cette présence des troupes américaines qui se traduit par une manifestation à Draguignan (un des cœurs de la contestation des comités de soldats). Le Monde du 16 janvier 1975 évoque les propos de Marchais sur ce point : « Le mutisme de Giscard d’Estaing et de ses ministres devant de telles déclarations, le fait qu’ils mettent le camp de Canjuers à la disposition des « marines » de la VIe flotte américaine pour s’entraîner à une intervention militaire au Proche-Orient – tout cela montre qu’il y a décidément complicité entre le pouvoir giscardien et l’impérialisme américain. (…) « 

1991, Archives du PCF – AD 93.

Cette affiche est publiée alors que les États-Unis constituent une coalition militaire contre l’Irak qui a envahi le Koweït. La question pétrolière est au centre des enjeux géostratégiques. Face à l’intervention qui se prépare, le PCF reprend une parole antimilitariste face à François Mitterrand, alors Président de la République, qui engage le pays aux côtés des USA.