La Pensée n°393 – Antoine Casanova

19,00

Janvier-mars 2018

Ce numéro de La Pensée sort de l’ordinaire, puisque son dossier est consacré à Antoine Casanova qui a dirigé la revue pendant trente-huit ans, de 1976 à 2014. La précédente livraison, la première parue après son décès, avait été ouverte par un article retraçant son parcours personnel, intellectuel, militant. Mais il nous avait paru d’emblée nécessaire de donner mieux à voir les principaux chantiers sur lesquels Antoine Casanova s’était investi et, surtout, quelle avait été la nature de son apport sur ces chantiers. Il y avait de la matière! Nous n’avons pas épuisé le sujet mais, du moins nous l’espérons, peut-on s’en faire une idée avec le présent dossier. Les auteurs que nous avons sollicités, Georges Ravis, Ange Rovere, Albert Rouet, René Nouailhat et Françoise Hurstel ont en commun d’avoir bien connu Antoine Casanova et leur affection personnelle à son égard transparaît dans leurs articles respectifs. Quant à nous, nous pouvons témoigner qu’elle était réciproque et nous les remercions pour leur contribution à cet hommage.

La Pensée

Sommaire

Antoine Casanova

  • La cohérence d’une oeuvre, par Georges Ravis-Giordani. Comment le développement des techniques et des savoirs se combine avec les rapports de classes pour produire des formations sociales singulières ? Quelle place y prend l’individu ? Comment pense-t-il ces mutations ? Ce sont ces questions anthropologiques qui constituent le fil rouge des travaux d’Antoine Casanova : seigneurs et paysans dans la Corse médiévale, l’intégration de la Corse à la nation française, la pensée philosophique et politique de Napoléon, les aspirations et les contradictions qui traversent l’Église et le peuple de Dieu après le Concile Vatican II.
  • Antoine Casanova et la Corse, par Ange Rovere. Son immense culture, sa lecture attentive des écrits de Karl Marx toujours revisités, adossées à un appareil conceptuel sans cesse affiné, en ont fait un pionnier et un éclaireur dans la recherche insulaire. À partir de l’exemple Corse, l’auteur montre l’importance de la réflexion d’Antoine Casanova dans l’approfondissement des liens qui nouent universalité et voies singulières dans le processus de développement des modes de production et des modalités de passage d’un type de société à un autre.
  • Les relations avec les milieux croyantspar Albert Rouet. Antoine Casanova consacra une attention continue aux relations entre chrétiens et marxistes. Cette attention s’appuyait sur un socle militant commun : la promotion de la justice, la défense des droits de chaque personne et l’attention aux gens ordinaires. Il voyait dans la vie de l’Église un bon miroir de l’expression du développement contradictoire de la société. Il s’agissait, à ses yeux, de mettre au jour des choix sociaux jamais clairement avoués mais pourtant présents. Lire attentivement les déclarations et les textes de Rome et d’évêques de France était pour lui la condition indispensable pour décrypter le message.
  • Victor Hugo: « Rendons justice à Napoléon ». Ce texte reprend un passage écrit par Victor Hugo pour son William Shakespearemais qui finalement ne sera pas publié dans cette oeuvre. Il apporte un éclairage singulier et aide à  comprendre la réalité du lien que pouvait entretenir Antoine Casanova avec la figure historique de Napoléon Bonaparte.
  • Le combat et l’intelligence des Lumières, par René Nouailhat. Antoine Casanova cherchait inlassablement à faire converger sur tous les fronts de l’actualité, ce qui pouvait unir les femmes et les hommes épris de justice et de paix. Il avait rapidement perçu le tournant anthropologique d’une nouvelle hominisation. Un développement contradictoire des sociétés porteur de possibilités pouvant conduire au pire comme au meilleur. Dans cette période de profondes mutations l’auteur montre combien Antoine Casanova était particulièrement attentif et sensible aux déplacements qui traversent le champ symbolique du religieux.
  • Rêves, cultures, subjectivité, par Françoise Hurstel. Dans cet article je présente trois « scènes du rêve », trois terrains de recherche dont les rêves sont recueillis en des lieux et des temps différents. J’avance comme hypothèse qu’en chaque rêve, culture et subjectivité sont nouées par le biais du « récit » qu’en fait le rêveur.
  • La laïcité au coeur des enjeux sociaux et sociétaux. La laïcité et, particulièrement la loi de séparation des religions et de l’État qui, depuis 1905, en est un fondement essentiel, sont au coeur des combats pour la défense de la République et des droits de l’homme tels que la Déclaration de 1789 les a précisés en son article premier. Pour le centième anniversaire de cette loi la commission chargée des relations avec les milieux croyants du PCF rédigea une brochure à laquelle Antoine Casanova et Jean George prirent une part essentielle. Nous en republions de larges extraits.
  • Forces productives, peuples et Révolution, par Antoine Casanova. Comment comprendre les rapports entre l’évolution des outils et des capacités humaines dans le travail campagnard et les destins des petits peuples (tel celui d’une île comme la Corse) au moment des crises, des luttes et des transformations sociales qui accompagnent la genèse et le cheminement de la voie révolutionnaire française il y a deux cents ans ?

Le cours des idées

  • « L’anthroponomie » de Paul Boccara, par Jean Lojkine. L’anthroponomie vise à dépasser le clivage qui oppose le modèle standard de la science économique, fondé sur le primat du quantitatif et les autres sciences humaines, fondées sur le primat du qualitatif, de la subjectivité individuelle. Cette nouvelle méthode distingue deux concepts : la notion de structure, formelle, statique et la notion de système ouvert ; le système serait avant tout une opération de transformation, en liaison étroite avec ce qui peut changer la société. L’innovation consiste à remplacer la notion de « re-production systémique » qui caractérise les produits économiques, par la notion de re-génération qui caractérise la reproduction des êtres humains, soit leur relation, individuelle et collective (la génération), avec la vie et la mort, leur capacité d’apprentissage et même de création dans tous les domaines sociétaux (parenté, travail, politique, information).
  • La formation de la classe ouvrière anglaise, par Jean-Michel Galano. L’article souligne en quoi l’oeuvre de Thompson, au-delà de son intérêt proprement historique, est susceptible d’éclairer et de rendre réellement rigoureuse l’approche de ce que peut être une classe sociale, qui ne renvoie pas à une opération de classification opérée après coup de l’extérieur, mais à un processus réel de différenciation. L’appartenance de classe n’est pas un construit  théorique mais une construction historique complexe, patiente et vécue par des millions d’hommes et de femmes. Une construction qui dépasse la simple opposition d’un « nous » et d’un « eux ».

Vie de la recherche

  • Refonder l’entreprise, par Daniel Bachet.
  • Quand l’homme devient Dieu : des lendemains qui déchantent, par René Nouailhat.

La revue des revues

  • Religion…, par Patrick Coulon

Livres

  • Comptes rendus par Yves Vargas, Eliane Robin, Pierre Roche, Vincent Charbonnier, Jean George, Stéphane Bonnéry, Pierre Crépel.

ISBN : 978-2-37526-025-8, n°393 Janvier-mars 2018

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