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Panier

Par Tangui Perron

1935, noir et blanc, sonore, quinze minutes
«Film réalisé par le service cinématographique de la Fédération de la Seine du Parti socialiste»
Opérateurs : H. Champion, M. Fradetel ; A. Thomas.


Film restauré en 2021 par la Cinémathèque suisse pour les 150 de La Commune.

Premier film du service cinématographique de la Fédération de la Seine du Parti socialiste, La Grandiose Manifestation au Mur des Fédérés, après avoir rapidement évoqué l’histoire de la Commune de Paris, montre de manière détaillée les cortèges et la foule des manifestants arrivant au cimetière du Père-Lachaise et au Mur des Fédérés (20e arrondissement de Paris).

Essentiellement à partir de gravures et photos, l’évocation de la Commune (2 minutes) s’attarde surtout sur la répression (« 35 000 travailleurs périrent dans les combats de rue, les prisons et les bagnes »). « Auguste Blanqui, Louise Michel, Gustave Lefrançois, Delescluze, Gustave Courbet, Varlin, Jules Vallès » sont cités comme les principales figures de la Commune.

Le reportage sur la manifestation, bien plus long (environ 12 minutes), majoritairement tourné à l’entrée du Père-Lachaise, donne à voir la foule imposante se rendant au Mur des Fédérés ou regardant défiler les différents cortèges hérissés de banderoles, bannières, drapeaux et pancartes qui sont autant d’indices du nombre des organisations ouvrières mobilisées.

Défilent ainsi les cortèges des anciens combattants de l’ARAC (Association républicaine des anciens combattants), les mutilés de guerre, le dernier carré des anciens Communards, les amis de la Commune et les vétérans, les divers groupes de jeunesses et de pupilles (en nombre), les femmes contre la guerre et le fascisme, l’Association des artistes et écrivains révolutionnaires (AEAR), le Comité Amsterdam Pleyel, les groupes sportifs, les ouvriers du bâtiment syndiqués à la CGTU  (Confédération générale du travail unitaire) ou des employés en tenue (facteurs ou agents des transports parisiens)… On relève d’importants cortèges du Secours rouge international (SRI) portant des pancartes pour la libération du dirigeant communiste allemand Ernst Thälmann, ou une banderole réclamant l’amnistie totale dans les colonies. Les slogans qui s’échappent de la foule, pour partie, font référence à l’actualité politique (« Chiappe en prison ! ») ou dessinent un horizon politique radical (« À bas le régime capitaliste ! », « Des soviets partout ! »).

Après un plan de Léon Blum accompagné de dirigeants socialistes et de la « citoyenne Thérèse Blum », et alors que le leader Marceau Pivert apparait fugacement à trois reprises en train de diriger différents cortèges, La Grandiose Manifestation au Mur des Fédérés privilégie les défilés des jeunes socialistes ainsi que les mises en scènes spectaculaires, en partie militarisées, des groupes d’auto-défense (marche au pas, immenses drapeaux, symboles des trois flèches, uniformes).

Par cet aspect, ce documentaire socialiste apparait comme un film « pivertiste », tandis qu’un de ses cartons finaux appelant à « l’unité organique » se situe dans la ligne des positions de Jean Zyromski. À cette date, les partisans de Marceau Pivert et Jean Zyromski sont encore unis, pour peu de temps, au sein du courant (de gauche) « Bataille Socialiste ». L’unité revendiquée se borne à une forte alliance avec les communistes – très présents dans la manifestation et à l’écran, mais dont on ne voit pas les dirigeants – sans englober les radicaux, jamais cités. (Il est vrai que les radicaux n’ont pas encore rejoint le Front populaire).

Cette manifestation imposante (200 000 manifestants revendiqués), unitaire et antifasciste, fait immédiatement suite à la victoire électorale du Front populaire aux élections municipales. Elle a lieu le même jour qu’un rassemblement (moins fourni) dans le centre de la capitale, en l’honneur de Jeanne d’Arc, organisé par les ligues d’extrême-droite. Cette montée au Mur précède de plus le rassemblement et la grande manifestation du 14 juillet 1935 qui ont réuni, selon leurs organisateurs, environ un demi-million de personnes. Les deux défilés annoncent la victoire du Front populaire aux élections législatives de 1936. Ils apportent la preuve que, lors de cette phase ascendante, films du mouvement ouvrier et manifestations marchent d’un même pas. La tonalité politique de La Grandiose Manifestation au Mur des Fédérés met en avant l’atmosphère en partie révolutionnaire de la manifestation.


Personnalités : Germaine Fauchère (« en tête de nos Faucons rouges » selon Le Populaire du 1er juillet), Léon Blum, Thérèse Blum, Jean Zyromski ou André Blumel, Oreste Rosenfeld, Marceau Pivert, Paul Rivet, Léon Moussinac[1].

Selon L’Humanité du 20 mai, « parmi les vétérans, on remarque Repiquet, Lagriffoul, Poësin, Crème, Sureau et deux autres qui, s’ils ne prirent pas part aux combats de rue, apportèrent des pavés aux barricades : Valette à celle de l’église Montrouge, A. Brisack à celle du faubourg Saint-Antoine. À côté d’eux prennent place les camarades Chenel, secrétaire de l’organisation qui porte le fanion de la 1ere Cie du 57 bataillon, Rappoport, Dupont, Croizé, Lacroux, Sougez, Marck, la camarade Havard et d’autres encore ».

Chants : La Carmagnole, La Jeune Garde, l’Internationale, Les Bâtisseurs (chanson des Faucons rouges).

Slogans : « Des soviets partout ! », « Du Travail et du Pain ! », « À bas le régime capitaliste ! » ; « Chiappe en prison ! » ; « À la Bastille ! »

Première projection publique : 30 juin 1935, dans le 15e arrondissement de Paris (fief de Marceau Pivert).


[1] Dans l’état actuel des identifications, la présence à deux reprises de Paul Rivet (poing fermé) nous semble très probable, celle de Léon Moussinac (sous la banderole de l’AEAR) est plus hypothétique. Il peut y avoir confusion entre Jean Zyromski et André Blumel.

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