Ce dernier numéro de la revue Recherches internationales explore les déterminants des fissures croissantes dans l’atlantisme avant d’interroger le regard porté sur le phénomène par les fondations politiques de gauche : Fondation Gabriel Péri, Institut La Boétie, Fondation Jean Jaurès et Fondation pour l’Ecologie politique.
Daniel Cirera, secrétaire du conseil scientifique de la Fondation Gabriel Péri, a contribué à ce numéro avec l’article intitulé « L’alliance a vécu. Entre la peur et le futur, l’Europe doit choisir », dont nous reproduisons ici les premières lignes.
Dans un article publié dans Politico, sous le titre « L’Europe doit choisir : investir dans la peur ou dans l’avenir » les auteurs s’interrogent sur les dilemmes posés à l’Europe, comme collectif d’États membres de l’UE et de l’Otan. Face à un faisceau d’événements qui les prennent de court, ces Européens, dirigeants, comme sociétés, sont confrontés à une mise en cause brutale d’un socle de références qui touche à leur place dans le monde nouveau en gestation. L’ébranlement de la relation atlantique est un des symptômes marquants de ces bouleversements.
Avec la création de l’Otan les États-Unis se donnaient les moyens militaires pour contrer la Russie soviétique. Au nom de la protection face à la menace du communisme, l’Alliance consacrait leur domination sur l’hémisphère nord. « L’Amérique » s’affirmait dans le monde issu de la guerre comme la puissance impériale indiscutée à la tête de l’Occident. Pour les alliés, elle fixait un cadre contraignant de dépendance, assumée, politique et économique, de l’Europe. « Keep the Soviet Union out, the Americains in, and the Germans down » selon la formule de Lord Ismay premier secrétaire général de l’Otan.
L’anticommunisme comme boussole idéologique et politique de la guerre froide, intégrait la dimension militaire face à l’Union soviétique et à ses alliés avec l’intervention politique, directe, pour réduire ou maitriser l’influence politique, puissante au lendemain de la guerre, du mouvement ouvrier, jusqu’à la répression. L’intervention pour diviser le syndicalisme français, pour empêcher la participation de communistes à des gouvernements, en France et en Italie, comme le soutien aux dictatures de Franco et Salazar jusqu’en 1975, des Colonels grecs (1967-1974) en sont des exemples significatifs.
Dès les origines le débat a traversé les forces politiques en Europe, sur l’alignement atlantique, la défense de la souveraineté, contre « l’Impérialisme américain » et la militarisation du continent. La contestation de la tutelle états-unienne trouvait une expression frontale en France avec le retrait du commandement intégré en 1966 et le départ des bases militaires en 1967. En 1979 la décision de l’Otan d’implanter de nouveaux missiles de moyenne portée en Europe met en difficulté les gouvernements
confrontés à d’immenses manifestations pacifistes, réunissant des centaines de milliers de participants derrière les banderoles «Ni Pershing Ni SS20 ». L’exigence de la dissolution de l’Otan est une constante dans le cadre de la guerre froide, dans la mouvance anti-impérialiste de la gauche. Elle devient une évidence avec l’effondrement de l’Union soviétique. Depuis, l’Organisation militaire n’en finit pas de chercher sa raison d’être. La légitimité d’une dépendance structurelle avec les Etats-Unis, déjà contestée, sera mise en cause au travers du débat sur les conditions de la sécurité sur le continent.
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Sommaire du numéro « Fissures dans l’atlantisme »
Editorial – « La génération Z bouscule tout sur son passage » – Michel Rogalski
Varia – L’Afrique du Sud : trente ans de démocratie – Jacqueline Dérens
Varia – L’augmentation de l’exploitation de la dépossession dans l’Afrique du Sud post-apartheid – Patrick Bond
Dossier – Fissures dans l’Atlantisme
Présentation – Fissures dans l’atlantisme – Alexis Coskun, Pierre Guerlain et Michel Rogalski
L’avenir de l’Otan – Olivier Kempf
Souveraineté européenne de défense et turbulences transatlantiques – Delphine Deschaux-Dutard
La réalité économique de la relation transatlantique – Léo Charles
La crise transatlantique vue de Moscou – Jacques Sapir
Le temps de la Chine dans un contexte de divisions transatlantiques – Richard Ghiasy
Controverses – Les fondations politiques de gauche et la crise de l’atlantisme
Fondation Gabriel Péri : L’alliance a vécu. Entre la peur et le futur, l’Europe doit choisir – Daniel Cirera
Institut La Boétie : Se mettre au service de la paix– Clémence Guetté
Fondation Jean-Jaurès : Pour un « Sorbonne de gauche », L’isolement des États-Unis crée les conditions des prochaines avancées européennes – Théo Verdier
Fondation pour l’Ecologie Politique : Résister au risque anthropique Donald Trump – Jérôme Gleizes
Notes de Lecture
Fabien Lebrun, Barbarie numérique, une autre histoire du monde connecté – Andrée Galataud
Bertrand Badie, Dominique VidaL (Dir.), L’Heure du Sud. Ou l’invention d’un nouvel ordre mondial– Chloé Maurel
Gilbert ACHCAR, Gaza, génocide annoncé // Joseph DAHER, Gaza, un génocide en cours – Thomas Vescovi
La revue Recherches internationales a pour champ d’analyse les grandes questions qui bouleversent le monde aujourd’hui, les enjeux de la mondialisation, les luttes de solidarité qui se nouent et apparaissent de plus en plus indissociables de ce qui se passe dans chaque pays.
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