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Développement durable, changement climatique, et avenir de la planète

L’objectif préconisé par le GIEC de limiter l’augmentation de la température moyenne mondiale à +2°C par rapport à l’ère préindustrielle est désormais accepté par tous. Cet objectif ambitieux, reconnu à la conférence de Copenhague en 2009, a été confirmé à Cancun en 2010. Il n’y a encore aucune mesure contraignante, mais pour atteindre cet objectif, les principaux pays émetteurs ont d’ores et déjà annoncé des engagements de réductions de leurs émissions pour 2020. L’ambition de cette conférence est de mieux comprendre ce qu’implique cet objectif, en termes de réductions des émissions mondiales à un horizon de 10 ans. Il s’agira ensuite d’apprécier si les mesures prises par les Etats sont suffisantes ou s’il faut se situer dès à présent sur une autre perspective.

 

Compte-rendu de la discussion

Alors que la responsabilité humaine dans le changement climatique est toujours contestée par les climato-sceptiques, le réchauffement en lui-même fait désormais consensus, notamment grâce aux travaux du GIEC, qui dans ses rapports successifs a fait grandir le niveau de sa probabilité. Toutefois la référence d’une hausse limitée à + 2 C degrés depuis l’ère industrielle n’y est pas rappelée, certainement intentionnellement, afin de conserver une certaine flexibilité. Des incertitudes demeurent notamment sur les courants marins et leur réchauffement qui pourrait impacter considérablement le climat, en particulier dans les pays qui profitent des courants chauds.

Si les négociations internationales se sont fixé un objectif à ne pas dépasser en termes d’élévation de température, il n’est rien indiqué sur la façon de réduire cette hausse et sur les quantités maximales d’émissions qui permettent de rester en deçà des deux degrés. La question de la trajectoire reste donc entière ce qui peut avoir comme conséquence de retarder les actions en faveur d’une décroissance des émissions.

Les engagements actuels de réduction des émissions de GES ne devraient effectivement pas permettre de limiter la hausse des températures à ce niveau. Bien que la conférence de Copenhague ait contribué à renforcer les efforts notamment à travers l’engagement nouveau des pays émergents, la meilleure estimation fait état d’une augmentation de trois degrés.

On peut aussi avoir une lecture pessimiste des travaux de Copenhague qui n’ont pas permis de conclure un accord autour d’un texte commun. Les engagements concernent davantage le long que le court terme et n’ont pas de caractère contraignant. Les Etats-Unis ont par ailleurs coupé les crédits alloués à la recherche sur le climat et aux travaux du GIEC. Ils se sont montrés très hostiles au protocole de Kyoto. L’état d’esprit semble ne pas évoluer depuis la présidence de Bush qui avait affirmé que le mode de vie des Américains n’était pas négociable. L’Europe apparaît comme la seule région capable de réels efforts, l’Australie et le Canada s’alignant sur les Etats-Unis.

Barack Obama est néanmoins plus conscient du réchauffement climatique, mais la situation se décline différemment selon les Etats, entre ceux dirigés par des gouverneurs démocrates et ceux aux mains des républicains, où les efforts sont inexistants. Le développement de l’automobile est également préoccupant. Dans des villes comme Moscou, on prévoit un doublement du parc de voitures sous peu. La Chine continue de placer le charbon en tête de ses ressources d’énergie. En France, des décisions contestables sont prises comme celle de réduire les aides à la fabrication des panneaux photovoltaïques, qui avait pourtant été promue dans le cadre du Grenelle de l’environnement.

La Chine se place en tête des investissements sur les énergies renouvelables en particulier sur le solaire et l’éolien. Il est probable qu’une forte compétition voit le jour avec les Etats-Unis, qui investissent pourtant moins, dans ce domaine.

La nature des engagements dépend aussi de la façon dont elle est exprimée. La décision de la Chine de réduire de 17 % d’ici 2015 par unité de PIB ses émissions tient à préserver le niveau de croissance élevé du pays, sur lequel il ne peut transiger. Cela taduit un souci d’efficacité – qui peut être énergétique, induire une recomposition des activités, une spécialisation sur les services avec une industrie lourde qui devient moins importante- de l’économie à produire de la richesse en limitant les émissions. Cela reste donc une mesure difficile à appréhender car il est encore difficile de savoir quelles sont les intentions de la Chine même si quelques indications montrent qu’elle table pour l’avenir sur une augmentation des services et une diminution de l’industrie lourde, extrêmement polluante au niveau local, comme le démontre l’imposition d’une taxe à l’exportation dans ce secteur. La Chine semble impulser sa transition économique en se recentrant sur son marché intérieur, et vouloir faire des efforts pour réduire l’intensité énergétique de ses richesses.

Les Etats-Unis pourraient changer leur position sous l’effet des catastrophes naturelles qui se font plus violentes. Certains scientifiques travaillent actuellement sur le lien entre réchauffement climatique et épisodes climatiques exceptionnels. Celui-ci pourrait notamment accroître l’intensité des typhons et cyclones dans les Amériques et provoquer plus d’inondations en Europe. Aux Etats-Unis, l’ouragan Katrina a durement frappé les populations et l’Etat veut se prémunir contre ce genre de catastrophes dont le coût humain, matériel et politique est très élevé. Au CIRED, des chercheurs s’intéressent à la vulnérabilité climatique. Dans le cas de New York, si une catastrophe se produisait, la ville est très peu protégée. L’impact aurait donc l’effet d’un électrochoc politique.

Les simulations climatiques sur l’énergie sont assez positives dans la mesure où les réserves d’énergies fossiles baissent ce qui est plutôt une bonne nouvelle pour le climat. Mais pour des pays comme les Etats-Unis, cela aura des conséquences importantes puisque toute l’organisation des villes est fondée sur l’utilisation de la voiture.

En réalité, il est très difficile d’imaginer un monde dans lequel les émissions de GES seraient réduites de moitié. Dans le sens inverse, les scientifiques sont actuellement incapables de concevoir un monde avec des températures accrues de plus de 2 ou 3 degrés parce que l’on ne possède pas les connaissances pour offrir une image vraisemblable de ce monde. L’incertitude est très forte.

Passé un certain niveau de réchauffement, du méthane sera libéré, notamment celui présent dans les océans et les eaux gelées ce qui accélérera le processus de hausse des températures puisque ce gaz a un pouvoir de réchauffement plus important que le CO2.

Il peut exister une distorsion entre engagements à long terme et à court terme car ceux-là s’ils sont indispensables nécessitent une politique climatique délicate à mettre en œuvre qui mêle différents secteurs : les technologies, les transports, l’architecture, etc. En France, la création d’un ministère de l’écologie censé chapeauter l’ensemble des mesures à prendre a été une première. Mais il n’a pas évolué dans le sens attendu.

Il conviendrait de mettre en place un système de comptabilisation des émissions permettant d’améliorer leur réduction. En France, comme au niveau européen, les objectifs sont répartis par secteur. Les entreprises opérateurs sur le marché des quotas d’émissions doivent respecter un objectif chiffré de moins 20 % d’émissions en 2020.

Le renouvellement du parc de production de l’électricité est également un moment clé pour agir sur les émissions. En France, il aura lieu entre 2015 et 2020. La Chine est actuellement en train de construire ses infrastructures et fait donc des choix décisifs pour l’avenir.

La capture et le stockage du CO2 sont des technologies déterminantes pour imaginer respecter les engagements fixés à l’horizon 2050. Elles ne sont pas encore en phase d’industrialisation, mais en expérimentation de modèle industriel. Il faut s’assurer que la séquestration sera pérenne. Cela coûte très cher et augmente de 50 % le prix de production du kilowatt/h. La faisabilité industrielle peut être envisagée en 2020-2025. C’est d’autant plus important que la Chine ne pourra vraisemblablement pas se passer du charbon pour sa croissance. En ayant un impact fort sur la production d’acier, de ciment, etc., cette technologie pourrait réconcilier l’industrie lourde avec le climat.

La polémique autour des travaux du GIEC animée par les climato-sceptiques a conduit l’ex-président américain Bush et la ministre Valérie Pécresse, en France – face aux critiques de Claude Allegre – à demander aux académies des sciences de vérifier ses conclusions. Elles ont toutes approuvées la thèse du réchauffement climatique, qui est donc acquise pour certaine.

Des géographes, comme Sylvie Brunel, ont pour leur part contesté la valeur de l’utilité de concept de température moyenne du globe, puisque pour eux le climat est spécifique selon les espaces géographiques et se décline sur des échelles beaucoup plus réduites. Le GIEC aurait pu associer cette discipline aux travaux.

L’augmentation de 2 degrés ne relève pas des travaux de ce groupe international, mais constitue un produit des négociations de Copenhague, réaffirmé par Cancun. Si l’on considère le niveau d’engagement et le fait qu’ils ne sont pas contraignants, il est peu probable que la hausse se limite à ce niveau. Ce chiffre sera nécessairement réévalué.

Il est vrai que les travaux du GIEC ne contiennent pas de préconisations de limiter la hausse à 2 degrés. Mais on peut dire qu’un certain nombre de scientifiques s’accordent sur le fait qu’une hausse de 2 degrés permettrait de limiter les catastrophes. Ce chiffre fut d’abord choisi par le G8. Initialement, il n’était même que de 1,5, signifiant le seuil permettant aux îles de ne pas être submergées. C’est donc une décision politique. Même si l’on sait que l’on ne pourra pas la respecter, plus on desserre la contrainte, plus on sera laxiste sur les engagements. Or, on ne peut accepter un niveau de concentration plus élevé.

Cette indication n’est toutefois pas gravée dans le marbre. Auparavant, dans la négociation, on ne pouvait pas parler d’adaptation, désormais cela a changé. Les pays émergents ont également évolué dans un sens favorable. Depuis 1992, la responsabilité partagée, mais différenciée prévalait. Aujourd’hui ils s’engagent. L’inaction des Etats-Unis est par contre préoccupante.

Par ailleurs, les engagements sont pris sur la base des émissions faites sur le territoire du pays concerné. Ne faut-il pas tenir compte du lieu de consommation plutôt que du lieu de fabrication des produits car les pays consommateurs peuvent s’extraire de leur responsabilité par ce biais.

Une comptabilisation des émissions en fonction de la consommation serait difficile à réaliser. Pourtant la Chine affirme qu’une partie de ses émissions est le fait de la consommation de ses produits en Europe et ailleurs. Il faudrait donc rechercher un mode de comptabilisation car cela pourrait permettre de faire avancer les négociations et favoriser d’autres types d’investissements dans les pays émergents. 22 % des émissions de GES en Chine sont en effet liés aux produits exportés. L’effet pervers existe néanmoins d’encourager la migration des industries polluantes ce qui ne résoudrait pas le problème.

Cela démontre la nécessité de réfléchir de façon globale au défi climatique. Le choix des instruments conditionnent les négociations internationales. Si l’on considère par exemple, la quantité de CO2 par tête, ce qui prend en compte les émissions liées aux importations, cela change les paramètres de la discussion qui en deviendrait certainement encore plus laborieuse.

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