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La revue La Pensée s’intéresse au « pouvoir discret de la bourgeoisie ». Elle fait la lumière sur les mécanismes du maintien de son emprise sociale. Entretien avec son directeur Stéphane Bonnéry (par Pierre-Henri Lab)

Le dernier numéro de la Pensée, intitulé « Le pouvoir discret de la bourgeoisie », vient de paraître. Le codirecteur de la revue, Stéphane Bonnéry, nous présente son contenu. Il revient également sur l’engagement rationaliste de cette publication, créée en 1939 et éditée aujourd’hui par la Fondation Gabriel-Péri.

Pourquoi consacrer un numéro à la bourgeoisie?

Pour pouvoir agir sur le réel, il faut le comprendre. Le pouvoir et les mécanismes du pouvoir sont entre les mains d’une petite part de la population qui tire les ficelles de la façon la plus discrète possible. Souvent les militants sont enclins à regarder ce qui les intéresse le plus, comme les travailleurs, les exploités et les dominés, et à oublier d’étudier les mécanismes du pouvoir, de l’exploitation. La bourgeoisie est au pouvoir depuis des siècles. Elle se renouvelle. Elle dispose d’organismes qui travaillent à la maintenir au pouvoir. Il nous semblait important de montrer comment cela fonctionne. Comprendre les luttes internes qui opposent différentes fractions de la bourgeoisie pour s’enrichir, pour imposer que tel ou tel type de capital (lié à la propriété foncière, à l’industrie ou aux nouvelles technologies) prédomine dans le système capitaliste. Nous faisons le pari qu’étudier ces mécanismes donne des éléments ou des arguments à ceux qui luttent.

Que contient ce dossier?

Une partie des articles porte sur certaines des fractions de la bourgeoisie. Nikos Smyrnaios nous dépeint la nouvelle bourgeoisie des Gafam de la Silicon Valley. Stéphanie Loncle analyse les intérêts des grands mécènes déguisés en philanthropes. Tibor Sarcey nous explique le pouvoir des actionnaires du capitalisme financiarisé. L’historien Alexandre Fernandez revient sur les positions des fractions de la bourgeoisie espagnole vis-à-vis du coup d’État de Franco, selon leur type de capital. D’autres articles portent sur le renouvellement de la bourgeoisie et sur les mécanismes de son maintien au pouvoir. Lorraine Bozouls s’intéresse aux classes supérieures et montre comment certains cercles (professions libérales, grands cadres de groupes privés…) qui gravitent autour des grands possédants construisent de l’entre-soi privatif. Au-delà de la bourgeoisie en tant que classe ayant conscience d’elle-même, le dossier éclaire ainsi sur qui sont ses alliés dans l’état actuel de la situation économique et politique.

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