Avec Eloïse Dreure, Serge Wolikow et Jean Vigreux. Le Front populaire remporte les élections législatives en France le 3 mai 1936. Parallèlement, un mouvement global d’alliances entre démocrates, socialistes et communistes s’organise. De la Chine au Chili, le Front populaire se répand.

Le cours de l’histoire
Par Xavier Mauduit
France culture, le 21 mai 2026
Le podcast


Il y a le Front populaire en France, en 1936. Il y a aussi l’Espagnol, el Frente popular, celui que l’on retrouve au Chili, ou encore en Algérie et au Sénégal, alors colonies françaises. Les effets sinistres de la Grande Dépression et la lutte antifasciste sont le mortier qui unit ces différents mouvements politiques : socialistes, communistes et radicaux. En quoi une approche globale des fronts populaires offre-t-elle de nouveaux regards sur le Front populaire ?

La naissance d’un moment Front populaire

En 1929, la crise économique et sociale de New York plonge une partie du monde dans la Grande Dépression. De l’Allemagne au Pérou, le prix des matières agricoles s’effondre et le nombre de chômeurs explose. L’historien Jean Vigreux, qui a dirigé avec Serge Wolikow Les Fronts populaires. Une perspective mondiale 1934-1938 (Libertalia, 2026) souligne : « Après le choc de la Première Guerre mondiale, il a fallu reconstruire un équilibre. C’est la SDN qui a ce rôle. […] La question, c’est la défense de la démocratie en danger face au fascisme. Donc que faire ? » Face au repli autoritaire et xénophobe qui marque la montée des nationalismes et des fascismes, les socialistes, les démocrates et les communistes s’allient, sous l’impulsion du Komintern, l’Internationale communiste.

Depuis 1935, le centre de gravité de l’Internationale communiste s’établit en France. Sous l’égide du Front populaire, l’ensemble des partis communistes s’allient contre la montée du fascisme.

Les revendications du Front populaire se répandent

À la suite de la victoire législative du Front populaire en France, les idéaux communistes se répandent dans les colonies françaises. Auparavant exclues de la vie politique, les populations colonisées se politisent progressivement. L’historienne Eloise Dreure, autrice de Des communistes en situation coloniale (1920-1939) : l’Algérie lutte et espère (Éditions universitaires de Dijon, 2024), ajoute : « Importer un Front populaire en Algérie, dans une société coloniale, va créer un moment de panique chez les colons. Des tentatives de réforme de la situation coloniale s’organisent. En 1935, des femmes voilées défilent en levant le poing dans les rues d’Alger. […] Le Front populaire provoque un grand élan d’espoir en Algérie qui sera finalement largement déçu, mais qui préparera les luttes nationalistes à venir. » Le Front populaire n’effectue aucune réforme en faveur des colonies. Elles revendiquent leur indépendance : une scission politique s’établit.

À la fin des années 1930 en Europe, le Front populaire a pris fin en France, la guerre civile déchire l’Espagne et les accords de Munich laissent les mains libres à Hitler. Outre-Atlantique, la République espagnole trouve refuge au Mexique et au Chili. En Amérique latine, les fronts populaires remportent les élections et tirent des leçons des expériences européennes.

Solidarité populaire

Le moment Front populaire des années 1930 facilite l’établissement d’une solidarité mondiale entre le Secours rouge international, les Brigades internationales et le Rassemblement universel pour la paix.

Plus que des avancées sociales, le Front populaire travaille à la démocratisation de la culture et du sport. Les politiques culturelles se développent et, en France, les prémices du CNRS (le Centre national de la recherche scientifique) sont théorisées. Le théâtre et le cinéma sont rendus plus accessibles. Le savoir ne se diffuse plus seulement dans les musées. Il existe une « solidarité des intellectuels autour de la défense de la culture écrasée par le nazisme », explique l’historien Serge Wolikow. « Ce qui est intéressant, c’est que la dénonciation à la fois de la guerre, du racisme et du fascisme est portée de façon prémonitoire et primordiale par des intellectuels, par des écrivains et par des cinéastes. »

La parenthèse Front populaire se referme cependant avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale. Bien que les mouvements de résistance en Europe s’imprègnent de l’expérience du Front populaire, ses projets non aboutis ne se réaliseront pleinement qu’une fois la démocratie sociale rétablie.