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La saison 2015 - 2016 du séminaire.

Initié en 2015 avec l’Institut Tribune socialiste et la fondation Copernic, le séminaire s’est proposé d’organiser une série de rencontres publiques pour réfléchir ensemble, au-delà des échéances politiques, sur la possibilité d’une réelle alternative, donc une politique de « gauche », face aux grandes tendances du capitalisme contemporain. Depuis ses débuts le séminaire a élargi son partenariat en 2017 en associant à son travail la Fondation pour l’écologie politique, PAM (« Pour un autre monde ») et Espaces Marx (d’où le titre “séminaire des 6 Fondations”).

« Discutons ensemble d’une politique de gauche »

Nos sociétés occidentales sont en crise, elles se méfient de leur histoire, vivent un présent éclaté, développent un modèle de concurrence acharnée entre les individus qui exacerbe le  repli sur soi et le rejet de l’autre. Elles  n’arrivent pas à imaginer des avenirs possibles exempts d’affrontements économiques, d’oppositions  entre les peuples et de violence.

Évoquer les crises économiques, écologiques,  énergétiques et sociales ainsi que  l’absence de réponses politiques est devenu un lieu commun au point d’être devenu presque un simple élément du paysage intellectuel. La pensée libérale, fondée sur l’idée que le marché pur et parfait serait susceptible de régler tous les problèmes de la société, reste dominante.

Lire la suite de la présentation:

Nous pensons néanmoins que les idées critiques opposées à cette vision sociale ne manquent pas. Nous pensons, pour notre part, que le libéralisme ne peut pas être à la base de la construction d’une vie sociale fondée sur le droit, la justice, l’égalité, la liberté, la fraternité. C’est le sens du travail, des recherches, des engagements que partagent nos trois fondations. C’est dans cette perspective que nous souhaitons engager une démarche commune avec d’autres : mouvements, syndicats, organisations politiques, historiens, chercheurs, analystes…

Nous avons en effet le sentiment que les idées et les réflexions que nous devrions partager restent en pratique enfermées dans leur cercle d’origine, qu’il existe une difficulté à ce qu’elles se confrontent et s’alimentent,  de ce fait,  les unes des autres, qu’elles ont une réelle difficulté à peser sur la réalité quotidienne vécue par la population. Cette situation conduit, au mieux, à des mobilisations qui, en dépit de leur dynamisme, demeurent souvent sectorisées et partielles, sans apparaître reliées entre elles et à un projet d’une autre vision du « vivre ensemble » que celui porté par le libéralisme.

D’une certaine façon « la gauche de gauche » semble, sinon s’être résignée, du moins en grande difficulté pour faire apparaître les éléments d’alternative que mettent en avant les forces sociales qui résistent, notamment dans les nouveaux contenus répondant de manière plus adéquate à la situation présente, pour faire apparaître une issue politique.

Nous nous proposons donc d’organiser une série de rencontres publiques pour réfléchir ensemble, au-delà des échéances politiques, sur la possibilité d’une réelle alternative, donc une politique de «gauche ». Au moment où, par conviction ou par calcul les discours politiques se droitisent chaque jour davantage, il s’agit là d’une nécessité pressante.

Il s’agira de s’appuyer sur des pratiques différentes, avec des intervenants disposant de points de vue divers tant par le contenu de leur propos que par l’expérience qui alimente leur réflexion. Il ne peut s‘agir de vouloir trancher les divergences mais de mieux en cerner la nature et éventuellement leurs origines pour favoriser les convergences.

Les participant-e-s au débat seront choisi-e-s en fonction de leur implication pratique et théorique sur les questions abordées et soumises à la réflexion commune. La participation de responsables politiques compte tenu des décisions qu’ils sont menés à prendre et des responsabilités que cela leur donne apparaît de ce fait également indispensable.

L’accueil de ces rencontres par  la « Maison des Sciences de l’Homme » de Saint-Denis est le témoignage et le garant de cet esprit de recherche constructive auquel nous souhaitons contribuer.

Nous souhaitons que, dans la mesure de leurs possibilités, les divers acteurs de Saint Denis et des environs puissent s’associer pleinement à notre démarche. Il nous semble en effet important que la recherche que nous entreprenons soit ouverte au-delà des “acteurs” habituellement concernés par les débats et les enjeux politiques, à tous les problèmes et toutes les préoccupations qui traversent notre société.

Si, au regard de nos préoccupations communes, nous avons jugé utile de nous réunir pour proposer un cadre de débats, nous souhaitons qu’il puisse permettre une participation sur une base plus large que les initiateurs, y compris ceux qui ne partagent pas tout notre positionnement mais qui pensent qu’il est utile d’en débattre.

 

Fondation Copernic – Fondation Gabriel Péri – Institut Tribune Socialiste

12 janvier 2016

INITIATEURS DU PROJET

La Fondation Copernic

Depuis 1998, la Fondation Copernic travaille à « remettre à l’endroit ce que le libéralisme fait fonctionner à l’envers ». Soucieuse de son indépendance, Copernic n’est liée à aucun parti politique, aucun syndicat, aucune association, mais s’adresse à toutes les organisations politiques, syndicales et associatives, à toutes celles et ceux qui ne se résignent pas à l’ordre néolibéral. Par l’intermédiaire de ses groupes de travail Copernic prend part au débat public et tente d’apporter un autre éclairage sur les questions sociales et économiques.

Fondation Copernic – BP 32  75 921 Paris Cedex 19

 

La Fondation Gabriel Péri

La fondation Gabriel Péri, reconnue d’utilité publique en 2004, a été créée autour de deux idées fortes : le besoin d’une structure capable, hors de toute instrumentalisation, de travailler à comprendre l’histoire récente, en particulier celle du mouvement ouvrier et communiste en France,  et le besoin d’un espace de rencontre, de confrontation pour favoriser l’émergence de réflexions, de propositions utiles à la construction d’une Europe et un monde démocratique et de progrès social.

Fondation Gabriel Péri – Tour Essor 14 Rue Scandicci 93500 Pantin

L’institut Tribune socialiste

L’institut Tribune Socialiste, créé dans le prolongement de l’histoire du PSU, cherche à articuler le travail sur une histoire et une action dans le temps présent. En alliant expérimentations et réflexions, en interrogeant toutes les gauches, il s’agit de participer au débat sur la construction de la démocratie aujourd’hui.

Institut Tribune Socialiste – 40 rue de Malte  75011 Paris

Partenariat avec la Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord

 

La Maison des Sciences de l’Homme Paris Nord, Unité de recherche soutenue par le CNRS et les universités Paris 8 et Paris 13, est une structure d’impulsion,
de promotion et de diffusion de la recherche en sciences humaines et sociales. Elle promeut activement l’interdisciplinarité et l’interinstitutionnalité dans le domaine des SHS dans le Nord-Est parisien.

MSH Paris Nord – 20, avenue Georges Sand 93210 La Plaine Saint-Denis

 

PROGRAMME DES SÉMINAIRES:

  1. Face au chaos du monde, quel nouvel ordre mondial ? – Mercredi 27 janvier 2016
  2. Faut-il démarchandiser ou démondialiser ? Caractéristiques du capitalisme contemporain – Mercredi 17 février 2016
  3. Crise et espérance de la démocratie  – Mercredi 16 mars 2016
  4. L’Europe : obstacle ou opportunité ? – Mercredi 13 avril 2016
  5. Penser autrement la question du développement – Mercredi 18 mai 2016
  6. Salariat – travail – technologies  – Mercredi 15 juin 2016

Séances

Face au chaos du monde, quelles issues ?

La première séance de ce séminaire a eu lieu le mercredi 27 janvier 2016 à 18h30 à la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, avec comme intervenants Didier Billion, docteur en sciences politiques, directeur-adjoint de l’IRIS et Hassan Zerrouky, journaliste.

Le monde offre aujourd’hui le spectacle d’un magma chaotique. La « fin de l’histoire » théorisée par les idéologues néolibéraux qui, après la disparition du soviétisme, voyaient un monde pacifié par le marché et la démocratie s’est révélée en fait être le début d’une ère marquée par des conflits de plus en plus importants, multiformes, éclatés.

D’un côté, interventions occidentales, attentats terroristes et développement de l’intégrisme religieux, décomposition d’États, migrations massives, reculs sociaux considérables dans les pays les plus riches, montée de la xénophobie, risques sur les libertés. Mais de l’autre, processus démocratiques avec, par exemple les révolutions arabes ou l’espoir suite à la victoire électorale de Syriza – même si tout cela a subi un  coup d’arrêt – mobilisations citoyennes dans nombre de pays, espoir politique en Espagne ou au Portugal, résistance des Kurdes contre Daesh. Rien n’est donc joué.

Dans une situation où les repères traditionnels semblent avoir perdu toute pertinence, comment se situer, comment agir et dans quelle perspective ?

Intervention de Hassane Zerrouky

Faut-il démarchandiser ou démondialiser ? Caractéristiques du capitalisme contemporain

La deuxième séance de ce séminaire a eu lieu le mercredi 17 février 2016 à 18h30 à la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, avec comme intervenants Frédéric Boccara, économiste, Maître de conférences associé à l’Université de Paris 13 qui fait partie du collectif d’animation de la revue « Economie et Politique » ; Catherine Lapierre, économiste, membre du secrétariat d’édition de l’encyclopédie du développement durable et Bernard Perret, ingénieur et socio-économiste, qui a publié : « Au-delà du marché. Les nouvelles voies de la démarchandisation » (Les Petits matins, 2015).

Le titre de ce débat vise à opposer, de manière volontairement frontale, deux approches qui structurent, de fait,  le débat actuel sur la conception des échanges internationaux – ce concept étant bien évidemment considéré dans son acception la plus large, bien au-delà du seul commerce international.

Devons-nous limiter ces échanges pour mieux nous protéger ? Devons-nous, à l’inverse les maintenir voire les développer mais dans un processus ayant pour but d’en transformer en profondeur les logiques et les règles ?

Nous avons, bien sûr, conscience – qu’en réalité –  la réflexion et l’action sur ce thème sont beaucoup plus complexes que ne le laisse entrevoir le titre du débat.
La notion de démarchandisation ne peut être prise au pied de la lettre. L’échange utile de marchandises est loin d’avoir épuisé sa pertinence historique.

En revanche, la domination des marchés financiers, leur logique de maximisation du profit, de mise en concurrence sauvage de la force de travail sur l’ensemble de la planète, au détriment des peuples et des équilibres écologiques sont au cœur du sujet. Il en est de même de la question des biens communs et de leur gestion solidaire.

De surcroît, le concept de relocalisation des productions et des logiques d’échanges peut être considéré des deux points de vue pourtant opposés par le titre.

Enfin, nombre d’enjeux concrets traversent le débat. Citons à titre d’illustration : les grands accords de libéralisation du commerce mondial (Tafta et Transpacifique par exemple), la nature de l’OMC et les règles qu’elle établit depuis des décennies, le dogme du libre-échange considéré comme le vecteur du mieux-être des peuples, les nouvelles règles et financements à établir pour la gestion des biens communs de l’humanité…

Intervention de Catherine LAPIERRE

Crises et espérances de la démocratie

La troisième séance de ce séminaire a eu lieu le mercredi 16 mars 2016 à 18h30 à la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, avec comme intervenants Emmanuel Terray, anthropologue, directeur d’études de l’EHESS ; Michèle Riot-Sarcey, professeur émérite d’histoire contemporaine et d’histoire du genre à l’université Paris-VIII-Saint-Denis et Jacques Sauvageot (Institut Tribune Socialiste) qui animait le débat.

Le mot « démocratie » est un mot valise dont la détermination précise est aujourd’hui l’objet de batailles politiques et idéologiques. Étymologiquement c’est le pouvoir du peuple. Mais comment définir le peuple, comment son pouvoir doit-il s’exercer et dans quels cadres est-il possible ?

Quelles sont les conséquences de la globalisation du capital sur la souveraineté populaire alors même que le néolibéralisme vise à écarter du débat public et de la décision citoyenne ce qui relève des politiques économiques et sociales ? La souveraineté populaire est-elle possible à l’époque de la mondialisation, de la globalisation du capital, quand le président de la Commission européenne, Jean-Claude Junker, affirme à propos de la Grèce « Il ne peut avoir de démocratie contre les traités européens » ?

Pourtant les aspirations à la démocratie sont aujourd’hui bien vivantes ; elles  se manifestent dans de nombreux pays, dans tous les domaines, sous des formes multiples. Comment peuvent-elles se développer, subvertir les cadres institutionnels, sur quelles perspectives…

Intervention d’Emmanuel Terray

L'Europe : obstacle ou opportunité ?

La quatrième séance de ce séminaire a eu lieu le mercredi 13 avril 2016 à 18h30 à la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, avec comme intervenants Catherine SAMARY, économiste, Daniel CIRERA, spécialiste des questions internationales et européennes, Alexis CUKIER, philosophe, et Alain OBADIA (Fondation Gabriel Péri) qui animait le débat.

L’Europe est omniprésente dans le champ politique. Au cours des dernières années, avec la crise de l’euro et le renforcement de la « gouvernance »  européenne, elle a mis en coupe réglée des sociétés entières allant jusqu’à provoquer de graves crises humanitaires comme en Grèce.

Dans l’esprit du traité de Lisbonne, les autorités européennes promeuvent la « concurrence libre et non faussée ». Cela conduit à rationner et à faire reculer les services publics et à toujours étendre le champ de valorisation du capital.

Au plan démocratique, l’Europe souffre de carences lourdes : son droit s’élabore dans l’opacité ; les élections au parlement européen sont marquées par un abstentionnisme massif ; la politique monétaire, levier décisif, est soustraite à la délibération démocratique et est l’apanage d’une banque centrale indépendante étroitement connectée aux marchés financiers.

Pour la gauche, l’Europe est un défi. La volonté originelle de rapprocher des peuples que l’histoire a souvent séparés ne peut que rencontrer son approbation. Mais les politiques concrètes sont à l’opposé de ses valeurs. Que faire ? L’Europe peut – elle être réorientée ? Est – elle un échelon pertinent de l’exercice de la souveraineté populaire ? L’euro doit – il être transformé, amendé, abandonné ? Ce sont quelques – unes des questions auxquelles les réponses divergent parfois au sein même de la gauche de transformation sociale.

Catherine Samary nous a fait parvenir un lien vers un article très similaire à son intervention, publié dans l’ouvrage collectif  “Europe l’expérience grecque – le débat stratégique (Editions du Croquant).

Intervention d’Alexis Cukier

Penser autrement la question du développement

La cinquième séance de ce séminaire a eu lieu le 15 juin 2016 à la Maison des sciences de l’Homme Paris-Nord, avec

  • Jade LINDGAARD, journaliste à Mediapart
  • Guillaume DUVAL, rédacteur en chef d’Alternatives économiques
  • Alain OBADIA, président de la fondation Gabriel Péri

Pour la plupart des politiques et des économistes, la croissance, c’est-à-dire le développement, permettra de réduire la pauvreté et les inégalités, de renforcer la cohésion sociale. Pourtant la multiplication des crises, l’accroissement continu des inégalités, nous montrent bien que l’émancipation humaine n’est pas liée à ce qu’il est convenu d’appeler « croissance » ou « développement ».

Face aux dégâts qu’entraîne le productivisme, dégâts sociaux et écologiques notamment, certains évoquent une croissance verte ou un développement durable, voire une décroissance.

N’est-il pas temps, en réalité, de penser à de nouveaux objectifs, à de nouveaux droits sociaux, fondés non sur l’accroissement continu de la production de marchandises mais sur une nouvelle définition des biens et services communs nécessaires au bénéfice de tous ?

Intervention d’Alain Obadia

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