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Avec Roger Martelli, historien, directeur de publication de Regards, Alain Obadia, président de la Fondation Gabriel-Péri et Willy Pelletier, coordinateur général de la Fondation Copernic.

Un vaste débat national sur des solutions alternatives par Alain Obadia, président de la Fondation Gabriel-Péri

Oui, le mouvement des gilets jaunes est complexe. Non, aucune tentative de le faire entrer dans une grille de lecture unique et simplifiée ne pourra aider à comprendre ce qu’il exprime. Nous ne pouvons donc pas faire l’économie d’en examiner ses différentes dimensions.

En premier lieu, il manifeste un mécontentement profond et une colère à tous égards légitimes. Le déclencheur en est l’augmentation des taxes sur le carburant. Mais celle-ci est d’abord ressentie comme une nouvelle agression contre le pouvoir d’achat par des millions de gens qui, en zones rurales ou périurbaines, sont obligés d’utiliser leurs véhicules ; sans autre choix. Pouvoir d’achat, le mot est lâché. Par beaucoup d’aspects ce qui s’exprime est une protestation et un cri d’alarme de salarié·es ou de retraité·es qui doivent constamment se serrer la ceinture, qui vivent les bas salaires et les pensions amputées et qui n’en peuvent plus !

En second lieu, c’est un rejet du mépris. Du mépris d’un pouvoir qui ne veut rien voir de leurs difficultés et qui trace sa route au service des riches et des actionnaires. Du mépris aussi, il faut le dire, de certaines catégories d’urbains qui ne comprennent pas leur vraie vie. Nous sommes partie prenante, je suis partie prenante, de cette protestation sociale !

Troisième point, ce mouvement n’est-il pas une négation des efforts nécessaires pour la transition écologique ? L’interrogation est, elle aussi, légitime car la transition écologique est un impératif absolu. Sauf que par sa conception même cette transition doit toujours impliquer dans un même mouvement l’écologique, le social et la démocratie. L’approche du pouvoir est aux antipodes de cette démarche. L’idée d’un moratoire concernant la hausse des taxes sur les carburants est juste. Il faut un vaste débat national sur des solutions alternatives.

Quatrième aspect : ce conflit est problématique, car il est en réalité manipulé par l’extrême droite. Il est, bien sûr, exact que le Rassemblement (ex-Front) national (RN), Debout la France et d’autres organisations de cette mouvance tentent depuis l’origine d’instrumentaliser la mobilisation citoyenne. De surcroît, comme l’indiquait à juste titre la CGT, le patronat du transport routier pousse aux blocages. Les intentions de tous ces gens sont de dévoyer le mouvement. D’où la nécessité de contribuer à ce que ce dernier soit vigilant quant à ses formes d’action et à ses mots d’ordre. D’où la nécessité de contribuer, par la discussion, la proposition, la conviction à ce que les liens soient établis entre les attaques contre le pouvoir d’achat par le biais du carburant et les questions des salaires, des cadeaux fiscaux consentis au capital, et plus généralement des politiques d’austérité.

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