Le projet CoMuni

Étudier un siècle de municipalités communistes

Présentation du projet

À l’approche des élections municipales, moment privilégié pour interroger l’histoire et les transformations du pouvoir local, la Fondation Gabriel Péri engage un vaste chantier de recherche consacré aux municipalités communistes. En réunissant et en exploitant systématiquement ces données, ce chantier vise à mieux comprendre l’implantation, les formes de gestion et les trajectoires des municipalités communistes dans la durée. Il ouvre ainsi une nouvelle phase de recherche collective, destinée à éclairer l’histoire politique, sociale et territoriale d’un phénomène qui a profondément marqué la vie locale française.

L’objectif est de mettre en perspective un ensemble particulièrement riche de travaux, d’enquêtes et d’analyses accumulés depuis les années 1970 autour des villes dirigées par des équipes communistes.

Ce programme s’appuie sur une ressource documentaire exceptionnelle : une base de données issue du fichier constitué par l’historien Roger Martelli. Celle-ci recense plus de 2 800 communes qui, depuis 1920 ont été administrées par un maire ou une maire se revendiquant communiste, apparenté ou identifié comme tel, notamment par le Parti communiste français.

Ainsi, le projet CoMuni entend contribuer à renouveler l’étude d’un phénomène politique majeur du XXᵉ siècle français, et offrir de nouveaux outils pour comprendre, dans la longue durée, l’histoire et les transformations de l’ancrage local communiste.

L’équipe

Valorisation de la base de données

Le premier volet de ce programme sera consacré à la valorisation scientifique et publique de la base de données. L’enjeu est de rendre cet ensemble d’informations à la fois accessible, lisible et exploitable, pour la recherche comme pour un public plus large. Cette valorisation reposera notamment sur la création d’un site internet dédié, conçu comme une plateforme de consultation et d’exploration des données dans lequel il sera possible de retrouver des cartes interactives et des représentations graphiques permettant de suivre l’évolution des municipalités communistes et apparentées entre 1920 et 2020, ainsi que des tableaux et fichiers téléchargeables destinés à faciliter la réutilisation des données. Des indicateurs synthétiques y seront également proposés (nombre de communes concernées, évolutions par département et région, gains et pertes électorales au fil des scrutins) afin d’offrir une lecture claire des dynamiques territoriales. L’ensemble de ce dispositif fera l’objet d’un lancement public à la fin de l’année 2026, à l’occasion d’un événement de présentation organisé par la Fondation Gabriel Péri. Cette rencontre inaugurale permettra de dévoiler la plateforme, de présenter les premiers résultats issus de l’exploitation de la base et d’ouvrir ce chantier de recherche à la communauté scientifique comme au grand public.

Ouverture d’un chantier de recherche

Le deuxième volet du programme repose sur la mise en place d’un groupe de pilotage scientifique chargé d’accompagner et de structurer les recherches à partir de ce corpus. Composé de chercheurs et chercheuses issus de plusieurs disciplines (comme la science politique, la sociologie, l’histoire ou la géographie électorale), ce collectif se donne pour mission d’orienter les travaux, de favoriser les collaborations et d’encourager l’émergence de nouvelles recherches à partir de la base de données. Ce groupe de pilotage aura également vocation à soutenir les initiatives scientifiques liées au projet : organisation de séminaires, accompagnement de projets universitaires, mise en réseau de chercheurs et diffusion des résultats. Il constituera ainsi un espace de réflexion collective, capable de croiser les approches disciplinaires et de renouveler l’analyse du communisme municipal dans la durée. Cette démarche s’accompagnera également d’un travail méthodologique sur les données elles-mêmes (leurs modes de construction, leurs usages possibles et leurs limites) afin de garantir leur exploitation rigoureuse et de favoriser leur appropriation par différentes disciplines. L’ambition est ainsi d’ouvrir plusieurs axes d’analyse complémentaires, permettant d’examiner à la fois les trajectoires territoriales des municipalités communistes, les configurations politiques locales, les transformations de leur implantation au fil du temps, tout en engageant une réflexion sur la construction politique du « communisme municipal » lui-même, c’est-à-dire des formes d’action publique qui ont pu la caractériser ainsi que les représentations politiques et sociales qui lui ont été attachées.

« 1920-2020: le communisme dans ses municipalités » par Roger Martelli

Pour accompagner l’ouverture de ce chantier, l’historien Roger Martelli a produit une première réflexion d’ensemble à partir de cette base de données. La Fondation Gabriel Péri met en libre téléchargement cette mise en perspective historique de l’implantation et de l’évolution des municipalités communistes en France.

En libre téléchargement

Quelques données

Les données présentées ici incluent une carte illustrant l’implantation des mairies communistes en France entre 1920 et 2020, accompagnée de tableaux détaillant le nombre de ces mairies, leur répartition selon la taille des communes, la continuité de leur implantation au fil du temps, ainsi que les gains et pertes de mairies entre 1977 et 2020.

Implantation des mairies communistes ou apparentées en France entre 1920 et 2020

Combien de maires ?

Après un recul important en 1925 (environ 10 % des mairies SFIO de 1920), le PCF renforce son implantation ouvrière entre 1929 et 1935. En 1945, dans le contexte de la Résistance et de la Libération, il atteint un maximum historique avec environ 2 000 mairies. Cette progression est partiellement perdue au début des années 1950 (environ la moitié des municipalités de 1945), mais le communisme municipal reste influent, notamment en banlieue. En 1983, le nombre de municipalités est globalement maintenu mais des pertes importantes apparaissent dans les grandes villes, notamment en région parisienne. Le recul se poursuit ensuite.

(1) Après 2018, l’Association des élus communistes et républicains (ANECR, devenue depuis La Coopérative) n’a plus publié d’annuaire des élus, conformément aux dispositions de la loi. Le chiffre de 2014 a été établi à partir des trois derniers annuaires publiés (de 2015 à 2018). Le dernier n’est qu’une estimation, à partir de données éparses, chiffres globaux de l’association et indications de presse.

Répartition par taille de communes

En 1977, les municipalités communistes représentent environ 4 % des communes métropolitaines, mais entre 26,7 % et 29 % des communes de plus de 10 000 habitants, ce qui traduit une forte implantation dans les zones urbaines. Cette caractéristique recule à partir de 1983, avec un déclin plus marqué en milieu urbain. En 2020, les municipalités communistes représentent moins de 2 % de l’ensemble des communes et entre 5 % et un peu moins de 7 % des communes de plus de 10 000 habitants.

Continuité de l’implantation

Beaucoup de municipalités communistes ont été de courte durée : près de la moitié n’ont connu qu’un ou deux mandats. Une ville perdue par le PCF est rarement reconquise (quelques exceptions : Sète, La Ciotat, Bobigny, Villejuif, Corbeil-Essonnes). À l’inverse, certaines communes connaissent une forte continuité :

  • 128 communes ont un maire communiste ou apparenté sans interruption depuis 1971 (9 mandats), représentant environ 1,3 millions d’habitants.
  • 340 communes ont été administrées par des communistes pendant au moins 7 mandats (plus de 40 ans), représentant environ 3 millions d’habitants.

La région parisienne constitue un cas notable. Sur les 80 communes de l’ancien département de la Seine, trois – Ivry-sur-Seine, Vitry-sur-Seine et Malakoff – ont élu 16 fois une municipalité communiste, et 37 autres au moins 10 fois.

Gains et pertes

Partenaire

Crédits des affiches sur le bandeau: Archives du PCF – Archives départementales de la Seine-Saint-Denis (AD 93).